31 octobre 2014

Histoire des Etrusques

   Nouveau concept : la fiche de lecture. J'ai lu un livre, il était bien, j'ai pris des notes, et j'en fais un article. 

   Programme du jour : Histoire des Étrusques, l'antique civilisation toscane (VIIIème - Ier siècle av. J.C.), Jean-Marc Irollo, 2004
   Comme je suis incapable de ficher quelque chose de manière synthétique, cet article sera long. J'ai donc gardé tous les titres de l'auteur, afin de vous permettre de trier et de ne lire que les passages qui vous intéressent. Mais comme la civilisation étrusque est assez mal connue, vous serez experts à la fin de cette fiche de lecture. J'ai intégré une carte en bas de l'article, pour donner quelques repères.



Introduction

   La civilisation étrusque a eu une influence considérable sur Rome, qui se considère au début de notre ère comme héritière d’un grand passé à imiter (Grecs + Étrusques). A la même époque, des livres étrusques circulent encore ; la comédie romaine est, selon la légende, inspirée des acteurs étrusques venus jouer à Rome pour chasser la peste (histrio, qui veut dire acteur en latin, vient de l’étrusque ister). Sous Cicéron, Tarquinia, une ville d'Etrurie, est une ville sacrée et l’on y envoyait les jeunes Romains. L’étrusque disparaît en tant que langue vivante au Ier siècle. 
   L’art étrusque est à l’honneur à Rome bien avant l’art grec : lors de la prise de Véies en -396, la statue d’Uni (Junon) est ramenée sur l’Aventin. Il existe des collectionneurs d’art étrusque à l’époque de Pline le Jeune. Les fonderies de bronze de Préneste utilisent des modèles étrusques pendant plusieurs siècles.
   L’influence la plus marquante des Étrusques sur Rome concerne la religion. Au milieu du IVème siècle, les haruspices pratiquent encore leur science selon des sources étrusques. 
   Sous Auguste, les cités étrusques reforment une ligue dont l’une des activités est la mise en scène de drames religieux. Claude, passionné par les Étrusques, rédige leur histoire (cf. Tables Claudiennes), redonne aux devins étrusques le droit d’exercer leur discipline (authentiquement italienne selon lui) et crée les haruspices, recrutés dans les anciennes familles de la noblesse toscane ; il restaure les festivals étrusques. 

→ La culture étrusque n’a jamais été oubliée sous l’Empire romain, l’intérêt pour ce peuple décroît après la chute de l’Empire pour ne renaître qu’à la Renaissance. 

Chronologie : 
  • Epoque orientalisante de -720 à -580, au cours de laquelle les cités de Grande Grèce (sud de l'Italie) servent d’intermédiaire entre les grands centres culturels helléniques et Étrurie (idées, art) 
  • Epoque archaïque de -580 à -475, apogée de la civilisation étrusque 
  • Période de transition et de crise au Vème et IVème siècle 
  • Epoque hellénistique de la fin du IVème à l’intégration définitive dans le monde romain au cours du Ier siècle av. J.C.

Première partie : la renaissance étrusque
(je passe sur la redécouverte des Étrusques de la Renaissance au XXème siècle, ce n'est pas le passage le plus intéressant)

  • Le mystère de la langue étrusque 
   Cette langue ne ressemble à aucun idiome connu, malgré quelques points de grammaire communs avec des langues anatoliennes ou indo-européennes. Ce serait une très ancienne langue méditerranéenne qui aurait subsisté malgré la diffusion des langues indo-européennes. L’alphabet étrusque est emprunté aux Eubéens (de l'île d'Eubée, en Grèce) pour faciliter les rapports commerciaux avec le monde grec. On écrit d’abord dans les deux sens, puis de droite à gauche à partir du VIème siècle av. J.C. On possède environ 11 000 inscriptions étrusques, mais elles sont le plus souvent brèves et limitées à quelques sujets : dédicaces d’objets à des divinités, marques de fabrique ou indications de propriété ; on connaît de nombreuses inscriptions funéraires (la plus longue ne fait que 59 mots). Seuls une dizaine de textes sont vraiment longs. 
   Aujourd’hui, on ne comprend que 300 mots étrusques. Les auteurs grecs et latins nous informent toutefois que les Étrusques écrivaient beaucoup, mais les textes ont disparu à cause de supports fragiles (lin, papyrus, parchemin), du faible intérêt de les recopier à partir du moment où la langue n’était plus parlée, de la volonté politique et religieuse de faire disparaître une culture liée à un paganisme superstitieux. 

  • La question des origines 
   Dès l’Antiquité, les Étrusques sont considérés comme différents par les peuples voisins. Ils intriguent : culture originale, particularités linguistiques et émergence soudaine, vers -750, d’une civilisation avancée au milieu de peuples à l’économie encore agricole et villageoise. 
   Pendant longtemps, on a cru à l’origine orientale des Étrusques (Asie Mineure), en se fondant sur un texte d’Hérodote : le roi Atys aurait divisé son peuple en deux à cause d’une grande famine, et en aurait envoyé une partie à Smyrne, qui aurait ensuite poursuivi son chemin vers l’Italie sous la conduite de leur chef Tyrrhénos (//mer Tyrrhénienne). A l’appui de cette thèse, on sait qu'il y a un grand mouvement de population qui bouleverse les régions méditerranéennes à la du fin XIIIème et au début du XIIème siècle av. J.C. Les chroniques égyptiennes mentionnent de plus différents groupes parmi leurs envahisseurs, dont celui des Tursha (//Tusci ou Toscans) ; des historiens imaginèrent que ce peuple alla ensuite chercher fortune ailleurs ; cette assertion semble corroborée par une stèle gravée découverte à Lemnos, dont l’inscription est rédigée dans une langue qui ressemble à l’étrusque (Lemnos aurait été une étape de ce voyage). Les objets de luxe à décor oriental présents dans les tombes princières du VIIème av. J.C. soutiendraient aussi cette thèse. 
   Une autre thèse a ensuite vu le jour (en 1954), prétendant que les Villanoviens (peuple autochtone d’Italie Centrale, chassé par les Orientaux selon la première thèse) seraient en réalité des proto-Étrusques. Denys d’Halicarnasse, au Ier siècle av. J.C., soutient que les Etrusques sont un très ancien peuple établi en Italie depuis des temps immémoriaux ; il ajoute que les Étrusques se désignent eux-mêmes du nom de Rasenna, terme à rapprocher de rasna, qui signifierait « état » ou « nation » en étrusque. Cette thèse souligne que les objets orientaux trouvés dans les tombes étrusques existent dans bien d’autres régions du bassin méditerranéen : il s’agit d’une mode décorative transmise par les Phéniciens et les Grecs. La chronologie pose aussi problème : la période orientalisante des Étrusques correspond au VIIème siècle av. J.C., alors que les grandes migrations (et la légende d’Hérodote) sont bien antérieures. Quant à l’inscription de Lemnos, on a prouvé qu’elle comportait des différences sensibles d’avec l’étrusque : ces langues appartiennent peut-être à un même groupe mais ne sont pas identiques. 
   Autre thèse : l’origine nordique des Étrusques, qui auraient fait partie d’un ensemble d’envahisseurs indo-européens venus d’Europe Centrale, aux rites funéraires caractérisés par la crémation, comme ceux des Villanoviens ; les Étrusques se seraient alors substitués aux autochtones. Cette thèse a ainsi rapproché les Étrusques de la civilisation dite « des champs d’urnes » (fin de l’âge de Bronze, Europe Centrale). Des inscriptions étrusques ont été retrouvées en Italie du Nord, et Tite-Live rapproche le peuple alpin des Rhètes des Étrusques (langue). Mais on sait aujourd’hui que la présence des Étrusques dans cette région est due à une expansion venue du sud, et non l’inverse ; de plus, les Étrusques ne sont pas es indo-européens, et les Rhètes sont probablement les descendants des colons étrusques installés dans les régions alpines à partir du Vème siècle av. J.C., coupés de leurs compatriotes d’Italie Centrale à la suite des invasions celtes du siècle suivant. 
   Pour l’auteur, les Etrusques sont des autochtones qui ont intégré de nouveaux éléments culturels au contact des Phéniciens et des Grecs, au VIIIème av. J.C. ; la civilisation étrusque s’est développée à la fin de ce siècle sur les sites auparavant occupés par les Villanoviens, et la tradition culturelle locale solide se serait ouverte aux influences extérieures avant de les assimiler. Les grandes cités de l’époque historique seraient le résultat d’un synœcisme (fusion de différentes agglomérations pour faire une cité). L’hypothèse d’un mouvement de peuple au XIIème av. J.C. n’est pas exclue. 



Deuxième partie : les Étrusques entrent dans l'histoire

  • Un éden sur terre
   L’Etrurie antique s’étend entre la Toscane, le nord du Latium et l’ouest de l’Ombrie. A cet espace central, il convient d’ajouter la Campanie et la plaine du Pô.
   La civilisation étrusque proprement dite apparaît dans la seconde moitié du VIIIème av. J.C., suite à l’enrichissement né de la commercialisation des denrées Étrurie et des contacts avec les Phéniciens et les Grecs dans ces échanges. Élément culturel le plus important : l'adoption de l’alphabet. Les rites funéraires se modifient aussi au contact de ces cultures : les familles princières enrichies par le commerce abandonnent l’incinération pour adopter l’inhumation ; les tombes monumentales remplies de luxueux objets orientaux sont le signe de la puissance de ces princes.
   A la fin du VIIIème av. J.C., la nation a déjà une identité forte. Les cités du bord de mer instaurent une thalassocratie et contrôlent les routes maritimes en mer Tyrrhénienne ; chaque ville côtière a une puissante flotte commerciale et militaire. Les Étrusques freinent les tentatives de colonisation grecque dans la région. Le premier établissement grec en mer Tyrrhénienne, sur l'île d’Ischia (au large de Naples), se fait avec l’accord des Proto-Etrusques ; il devient un important lieu d’échanges entre les marchandises luxueuses de Grèce et d’Orient et le fer des mines étrusques.
   L'agriculture joue un rôle déterminant : les Étrusques exportent des céréales et du vin. Ce seraient les Étrusques qui auraient fait connaître le vin aux Gaulois (les plus anciennes amphores contenant du vin, retrouvées en Provence, sont d’origine étrusque). Dans la région de Tarquinia, la culture du lin est à l’origine d’un artisanat textile florissant dès le début du premier millénaire av. J.C. ; le textile occupe une part importante de l’activité artisanale étrusque ; il est important aussi important dans la vie sociale et culturelle, car la fabrication de textiles est pratiqué à tous les niveaux de la société étrusque. Les échanges et l’organisation s'intensifient à partir du VIIème, et le textile est donc une ressource importante pour les riches propriétaires. L’élevage est dynamique et varié. La production de bois est importante. Les régions marécageuses de la côte toscane sont mises en valeur par un immense réseau de canaux d’écoulement et d’assèchement (ces terres redeviennent insalubres à la fin de l’Antiquité car elles ne sont plus entretenues). On note la présence d’importants gisements miniers (fer, cuivre, plomb, argent), les plus riches de Méditerranée centrale ; le minerai de fer est traité sur place, mais l’étain nécessaire à la fabrication du bronze est importé des îles britanniques ; ces minerais, formidable monnaie d’échange, permettent aux Étrusques de se procurer les produits de luxe dont les aristocrates de l’époque orientalisante sont friands.

  • Une grande puissance commerciale
   Le commerce est, dès l’origine, une activité économique essentielle de la civilisation étrusque. Outre les minerais et les produits agricoles, les exportations comprennent des produits manufacturés ; les vases et récipients sont de facture très supérieure à ceux des autres peuples (bucchero = céramique noire caractéristique de l’artisanat étrusque) et se répandent en Gaule et dans tout le bassin méditerranéen. Les partenaires commerciaux des Étrusques sont les Sardes (à l'époque villanovienne), puis les Grecs (échanges massifs de céramique aux VIIème et VIème siècles), les Carthaginois (VIème). Le commerce emprunte d’abord la voie maritime, la côte offrant de nombreux sites abrités et des escales (on navigue alors le long de la côte en s’arrêtant la nuit). La seule ville étrusque réellement côtière est Populonia, mais les grandes villes proches de la mer sont toutes reliées à des ports, qui deviennent des centres de production artisanale et agricole. On y trouve de nombreux Grecs, qui ne sont pas intégrés à la population locale mais ont le droit de produire, de commercer et de bâtir leurs propres temples. A la fin du VIème av. J.C., la colonisation de l’Emilie (nord de l’Italie) entraîne la fondation de Spina sur l’Adriatique, centre important pour le commerce maritime et terrestre, où se côtoient Étrusques, Grecs et Vénètes ; au siècle suivant, le développement de Spina compense en partie le déclin des cités maritimes de la côte tyrrhénienne. La prédominance de la mer dans la culture étrusque explique la fréquence de la représentation de navires dans l’art ; les navires, d’abord rudimentaires, se spécialisent ensuite en navires de commerce et en navires de guerre. 
   Les auteurs grecs donnent aux Étrusques une réputation de redoutables pirates : les accrochages entre Étrusques et Grecs, ainsi que les raids contre les villes côtières sans défense, sont fréquents. Il faut attendre l’avènement de la thalassocratie étrusque, au VIIème siècle, pour que le piratage soit clairement considéré comme répréhensible et, dès lors, les affrontements avec les Grecs sont le fait de flottes armées officiellement par les cités-Etats. Les rapports entre Grecs d’Occident et Etrusques évoluent de façon complexe : selon les époques et les cités, ils varient entre amitié et rivalité ; ces rapports se détériorent au VIIème av. J.C lorsque les Étrusques, alliés aux Carthaginois, s’opposent avec succès à l’installation des Phocéens en Corse (victoire navale d’Alalia, -540 ou -535), puis lorsqu’ils tentent de s’emparer des îles Lipari et de contrôler les détroits siciliens. Le déclin de la thalassocratie étrusque s’amorce à la suite d’une grave défaite navale contre les Syracusains, au large de Cumes, en -474. C’est le début d’une période de repli marquée par le ralentissement de l’activité commerciale ; la thalassocratie ne peut s’opposer à l’installation d’une garnison syracusaine dans l’île d’Ischia, ni aux raids de pillage menés par ses ennemis au cœur même de son territoire. Les Etrusques veulent prendre leur revanche en s’alliant avec Athènes dans l’expédition de Sicile (-414, désastre) ; ils remportent quelques succès mineurs mais payent cette intervention lors du saccage du sanctuaire de Pyrgi (sur la côte toscane) par les Syracusains en -384. Ce déclin ne concerne toutefois que les cités maritimes d’Etrurie du Sud, et celles de la vallée du Pô (Spina) connaissent un considérable essor commercial en empruntant de nouvelles routes maritimes en Adriatique ; en Étrurie centrale, les cités de l’intérieur aux riches terroirs agricoles prennent alors la prépondérance.
   Il existe aussi des voies commerciales terrestres qui permettent aux Étrusques de commercer avec les Celtes. On connaît mal le réseau routier étrusque, moins important que celui des futurs Romains et pavés seulement aux abords immédiats des villes ; ce réseau répond avant tout à des nécessités commerciales.


Troisième partie : une civilisation raffinée

  • Du village à la cité-Etat 
   Durant le premier âge de Fer (IXème av. J.C.), les Villanoviens vivent dans des villages de cabanes disséminés sur tout leur territoire ; le synœcisme (VIIIème) est l’un des principaux facteurs qui expliquent la naissance de la civilisation étrusque: la civilisation étrusque a d’abord été définie par son organisation en cités (comme le monde grec). Jusque vers -550, un autre mode d’organisation concurrence la cité : les palais des dynastes locaux à la campagne, entourés de vastes domaines agricoles, dont les propriétaires possédent des pouvoirs sacrés et militaires. 
   Les auteurs grecs évoquent une confédération de 12 cités en Étrurie (Volsinies, Véies, Caere, Tarquinia, Vulci, Chiusi, Vetulonia, Pérouse, Cortone, Arezzo et Fiesole), ainsi qu’une dans la plaine du Pô et une en Campanie. Le lien entre ces cités est avant tout religieux, et non pas politique : le sanctuaire de Voltumna à Volsinies est le centre de la ligue, avec des cérémonies importantes et des jeux rituels chaque année. Lors de ces cérémonies, on débat des affaires de l’ensemble de la confédération, mais les décisions prises en commun sont rares ; puisqu’il n’y a pas d’unité politique entre les différentes cités, la confédération des 12 peuples ne forme jamais un Etat. 
   Les rites de fondation des villes étrusques, très précis, sont repris par les Romains (cardo et decumanus, enceinte sacrée). Les villes étrusques sont entourées de puissantes murailles en pierre ; ces grandes villes comportent toujours des espaces non bâtis et cultivés. Les maisons sont disposées sans ordre précis. On peut ensuite voir apparaître un urbanisme gréco-étrusque (plan en damier) ; la conception étrusque d’une organisation de l’espace terrestre est liée à l’organisation du ciel. Les maisons, construites en matériaux fragiles, n’ont pas résisté au temps, mais la domus romaine dériverait de modèles étrusques. 
   Au cours de la seconde moitié du VIème av. J.C., la cité devient le cœur de l’autorité politique et de l’activité économique ; les centres aristocratiques secondaires à la campagne disparaissent, parfois brutalement (destruction volontaire) ; la cité se conforme au modèle grec de la polis, ce qui souligne encore le lien étroit entre ces deux civilisations. 

  • La société étrusque
   Une classe aristocratique enrichie par le commerce et l’agriculture émerge au VIIIème av. J.C. ; les familles aristocratiques détiennent le pouvoir et protègent les citadins en échange d’obligations militaires et économiques (clientélisme). La familles et ses dépendants forment une gens, dirigée par un chef de famille qui est le garant du culte des ancêtres de la gens. Au fur et à mesure que l’activité commerciale s’intensifie, de nouveaux groupes de commerçants accèdent au niveau de l’ancienne aristocratie, avec laquelle ils constituent un groupe gentilice plus vaste. C’est au sein de ces gentes que sont choisis les rois qui gouvernent les cités étrusques lors de la période orientalisante ; les auteurs latins désignent ces rois sous le nom de lucumon, transcription de l’étrusque lauchume (surnom de Tarquin l’Ancien avant son arrivée à Rome, peut-être pas appliqué à tous les rois) ; ces rois concentrent tous les pouvoirs, ils sont les magistrats suprêmes, chefs de guerre et chefs religieux ; les insignes de leur pouvoir seront repris par les Romains, tout comme les licteurs. 
   Les esclaves forment une part importante de la population des villes, pour les travaux domestiques ou le divertissement de leurs maîtres ; d’autres travaillent dans les carrières, les mines et les ateliers métallurgiques. Il existe donc aussi des affranchis (lautni). 
   Seconde moitié du VIème av. J.C. : développement d’une classe moyenne, libre, formée d’artisans et de petits commerçants ; des artisans et commerçants étrangers sont intégrés à la cité → les monarchies sont remplacées par des régimes républicains inspirés du modèle grec, comme par exemple à Rome, où la chute de la monarchie des Tarquin est suivie de l’établissement d’une république, dont les premiers consuls sont étrusques. Le pouvoir reste toutefois concentré dans les mains des aristocrates, qui exercent les premières magistratures républicaines (oligarchie) et forment une assemblée de principes (premiers, princes) aux pouvoirs législatifs et judiciaires (comme le Sénat romain) ; maru et zilath sont deux magistratures étrusques, certains zilath donnant leur nom à l’année au cours de laquelle ils exercent cette magistrature (comme les consuls romains). Parfois surgissent des personnages qui s’emparent du pouvoir par la force en s’appuyant sur les classes populaires, permettant à des groupes non aristocratiques d’accéder au pouvoir : Servius Tullius (Mastarna ou Marcstrna) serait un ancien chef de guerre devenu roi. La présence d’un tyran à Véies au Vème av. J.C., au moment des guerres contre Rome, est une source de désaccord entre cette ville et les autres cités républicaines. 
   Le pouvoir des familles aristocratiques repose également sur la possession de vastes domaines agricoles (latifundia) où travaillent majoritairement des esclaves. Il y a aussi de petites exploitations occupées par des paysans libres, qui connaissent une crise économique au IIIème av. J.C., les obligeant à fuir vers les villes où ils forment un prolétariat misérable ; cela explique en partie le développement des luttes sociales dans les villes et le ralliement final des aristocrates à l’alliance romaine ; les campagnes, presque entièrement gérées par les grands domaines, se dépeuplent peu à peu. 

  • Des femmes émancipées 
    Les auteurs anciens sont fort surpris par la présence des nobles dames étrusques dans les banquets ou les jeux ; les femmes grecques et romaines sont avant tout des maîtresses de maison, alors que les femmes étrusques ont une liberté et un statut beaucoup plus importants (tout en étant aussi maîtresses de maison). La société étrusque est fondée sur la monogamie. Les critiques antiques parlent parfois d’une société et de femmes dépravées, sans que cela soit fondé. Les femmes étrusques possèdent un nom complet (nom + prénom) ; de nombreuses inscriptions funéraires figurent le nom du père et de la mère du défunt, ce qui prouve que la lignée maternelle a autant d’importance que la lignée paternelle. L’homme est le plus souvent seul propriétaire des sépultures, mais beaucoup d’objets attestent une propriété féminine. La femme noble sait aussi vraisemblablement lire et écrire. 

  • Le goût du luxe 
   Posidonios d’Apamée souligne le raffinement des mœurs étrusques en déplorant la mollesse qui en résulte. Les exemples d’une existence aristocratique caractérisée par la joie de vivre abondent dans les tombes du VIème et Vème : les peintures nous montrent les divertissements des seigneurs étrusques, les objets sont souvent coûteux et importés de Grèce ou d’Orient ; les riches tissus sont nombreux, tant pour les vêtements que pour orner les tables et les lits de banquet. 

  • Les plaisirs aristocratiques 
   Les riches Étrusques organisaient des banquets, des jeux, des courses de char et des parties de chasse, manifestations emblématiques de leur opulence et de leur supériorité sociale. Les Étrusques ont la réputation d’être d’excellents musiciens. La danse a aussi une signification rituelle, notamment lors des funérailles : les bonds des danseurs, accompagnés de martèlement du sol, doivent transmettre des vibrations jusque dans les profondeurs de la terre où résidaient les divinités infernales. 
   Chaque année, des jeux fédéraux se déroulent sur le site du sanctuaire fédéral de Voltumna. Les athlètes viennent de toute Étrurie, conduits par les princes les plus importants. Lancer de disque ou de javelot, pugilat, lutte, saut en hauteur, course à pied (//Grèce) + courses de char et courses de chevaux montés. Les femmes ont le droit d’assister à ces spectacles. Il y avait également des combats de gladiateurs à la connotation rituelle et funéraire. 
   La qualité de vie dont bénéficient les principes étrusques explique que ceux-ci aient tout mis en œuvre pour défendre leurs privilèges face aux revendications des classes moins favorisées, d’où l’alliance avec Rome pour écraser les révoltes sociales. 


Quatrième partie : un peuple très religieux

   Les Étrusques ont écrit de nombreux livres sur la religion. Il faut distinguer, selon les auteurs latins, les livres de l’haruspicine, les livres des foudres, les livres rituels (prescription à observer dans la vie civile et religieuse), les livres du destin, les livres achérontiques et les livres des prodiges. Les Romains appellent ces prescriptions la discipline étrusque, dont la vocation première est de sonder la volonté divine. 

  • Tagès, Vegoia et Voltumna 
   La religion étrusque est originale en ce qu’elle a été révélée aux hommes par des personnages divins : Tagès, une enfant à la sagesse de vieillard, et la nymphe Vegoia. Dans De divinatione, Cicéron relate l’apparition de Tagès, qui a appris l’haruspicine aux hommes. Vegoia aurait enseigné aux Étrusques l’art d’interpréter les foudres, et surtout les rites liés à la délimitation des propriétés et des territoires ; ces limites sont posées par des prêtres lors de cérémonies rituelles, elles sont sacrées, et le déplacer volontairement est passible de la peine de mort. 
   Les Étrusques ont la réputation d’être « les plus religieux des hommes » : leur observance des rites est très stricte. Les prêtres et devins étrusques sont considérés comme les meilleurs spécialistes pour interpréter les présages et deviner les intentions des dieux. Nombreuses sont les influences étrusques sur la religion romaine, en particulier pour la divination. Les prêtres et autres sont groupés en collèges et appartiennent à l’aristocratie ; ils interprètent les prodiges. Les haruspices sondent les intentions des dieux en examinant les entrailles, et surtout le foie (siège de la vie pour les Étrusques, chacune des parties du foie est le siège d’une divinité), des animaux sacrifiés : ce foie refléte pour eux l’état du monde au moment où l’animal est abattu. L’organisation du monde est, pour les Étrusques, la même que celle des êtres vivants qui le peuplent : conception moniste dans laquelle le monde est un tout. Les haruspices ont un chapeau conique, et leur manteau à franges est fermé par une fibule car ils n’ont pas le droit d’utiliser des nœuds ou des lacets. Les augures, quant à eux, interprètent le vol des oiseaux ; ils portent un bâton à l’extrémité recourbée, le lituus, symbole du pouvoir politique et militaire du roi au VIème av. J.C. Le signe le plus évident de la volonté des dieux est la foudre, lancée par le dieu Tinia (≈ Zeus) ; il existe trois sortes de foudre, à la gravité variable sur le destin des hommes (la plus grave ne pouvait être lancée qu’après avoir consulté l’assemblée des dieux) ; les prêtres divisent l’espace céleste en 4 secteurs, et la signification de la foudre est fournie par son orientation et sa direction dans l’espace ainsi défini (idem pour les oiseaux). Ces préceptes sont repris par les Romains, les haruspices et les augures toscans étant encore consultés bien après la disparition de leur civilisation ; Claude crée l’ordre des 60 haruspices, et les devins toscans accompagnent dès lors les armées (on prend leur avis avant d’engager le combat). 
   Les dieux étrusques sont nombreux. Dieu se dit aesar en étrusque. Tinia + Uni (≈Héra) + Menerva = triade suprême. Les autres dieux peuvent être assimilés à des divinités gréco-romaines ; sous l’influence grandissante de la culture grecque apparaissent un peu plus tard des divinités comme Hercle (Hercule), Aritimi (Artémis) et Apulu (Apollon). La divinité majeure de la religion étrusque est Voltumna (Vertumnus en latin), dieu de la végétation et des forces de la nature, particulièrement vénéré à Volsinies ; son importance a conduit certains chercheurs à l’assimiler à Tinia dans une version agreste et plus juvénile de cette divinité ; le dieu suprême aurait donc été Tinia-Voltumna, invoqué au moment des combats. L’influence de la religion grecque se traduit aussi par le développement de cultes de type dionysiaque. 
   Jusqu’à la fin de l’Empire romain, l’antique discipline étrusque reste le symbole même du paganisme. En 410, les haruspices proposent au quatrième pape de faire tomber la foudre sur les Wisigoths qui menacent Rome, à condition qu’on leur octroie la liberté de culte ; cela leur est refusé. 

  • Une civilisation mortelle 
   La conception étrusque du monde est étroitement conditionnée par la volonté divine. Les dieux auraient ainsi limité la durée de vie des hommes, mais aussi celle de la civilisation étrusque ; cette durée, attribuée par les haruspices, étaient de 10 périodes (saecula) de longueurs inégales. On a parfois expliqué la défaite finale des Étrusques par un fatalisme lié au sentiment que la fin de leur civilisation était inéluctable car divine : la dernière période de la civilisation étrusque selon les haruspices s’étend du milieu du Ier siècle av. J.C. au milieu du Ier siècle apr. J.C. ; or c'est le moment de l'assimilation des Étrusques dans le monde romain, et donc de leur disparition. 
   Les Etrusques croient en la survie des défunts, d’où la nécessité de les entourer de leurs objets familiers. Le culte des morts est très important. 


(je saute la cinquième partie du livre, qui traite de l'art étrusque : cela mériterait un article entier, avec beaucoup d'images, que je ferai probablement un jour)


Sixième partie : les Étrusques face à Rome

  • Une puissance militaire 
   Les Etrusques sont parfois décrits comme un peuple pacifique qui aurait étendu son influence via une pénétration commerciale et culturelle (sans véritable conquête militaire), et qui aurait perdu contre Rome à cause de son pacifisme fataliste. Mais la notion moderne de pacifisme est inconnue dans l’Antiquité, où la survie de la cité est basée sur la capacité de s’imposer ou de résister au voisin ; la guerre y est un état presque normal et, en Italie, elle permet de piller les territoires ennemis afin d’en rapporter un butin, ou bien de s’assurer la possession de points d’appui stratégiques ou commerciaux. Jusqu’au IVème av. J.C., les Etrusques conservent toute leur capacité d’offensive militaire en Italie centrale ; ils infligent jusqu’au bout des revers sanglants à leurs adversaires romains.
   Une flotte de guerre efficace fait office de dissuasion à l’époque villanovienne. Un important matériel guerrier a été retrouvé dans les tombes de cette époque, avec des armes aussi bien offensives (épées courtes, poignards, grandes lances) que défensives ; les Villanoviens pratiquent l’escrime à la lance et devaient déjà adopter une organisation en ligne pour se battre, préfigurant les futures formations hoplitiques. L’armement de ces tombes est surtout important au sud de l’Etrurie, où les Villanoviens doivent se défendre à la fois contre les montagnards des Apennins et contre les tentatives de colonisation venues d’Orient. 
    Le potentiel militaire se développe suite à ces succès : aux VIIème et VIème av. J.C., les Etrusques sont la puissance militaire dominante en Italie, sur terre comme sur mer. Pendant la période orientalisante, les tombes des princes nous livrent des armes grecques, surtout défensives. L’évolution de la tactique se fait empiriquement avec l’adoption progressive de ces armes, sans abandonner les traditions de l’époque précédente. Les princes étrusques combattent à cheval et conduisent des troupes d’infanterie constituées de leurs clients. Les chars de guerre ne sont employés que peu de temps et servent très vite uniquement aux parades militaires et aux triomphes. Le développement du combat hoplitique est à mettre en relation avec l’évolution sociale des cités : les citoyens des villes sont probablement classés selon des critères de richesse dès cette époque, permettant d’acquérir un équipement plus ou moins coûteux ; la possession d’une armure complète n’est désormais plus la seule prérogative des princes et de leurs clients ; les armées deviennent des armées de citoyens-soldats, comme en Grèce, dans toute l’Italie étrusquisée ; la nouvelle formation serrée, où chacun est protégé par son voisin, est symbolique de la solidarité entre les citoyens d’une même cité. L’aristocratie combattant à cheval au milieu de sa gens ne disparaît pas pour autant ; l’unité tactique de la phalange constituée de cette aristocratie et des clients est un type d’organisation militaire qui existe encore dans la Rome du Vème av. J.C. A côté de l’infanterie lourde des hoplites, d’autres combattants sont armés plus légèrement : ce sont les citoyens les plus pauvres. Les princes organisent parfois des sortes de levées en masse de leurs paysans (contre Rome notamment). Plusieurs types d’unités militaires coexistent donc en Étrurie et dans le reste de l’Italie. Certains aristocrates étrusques sont en outre des chefs de bandes mercenaires qui proposent leurs services aux cités, quand ils n’agissaient pas pour leur propre compte.
   Il est très difficile d’établir avec précision les étapes de l’expansion étrusque en Italie ; les sources proviennent des Grecs et des Romains, exposent plutôt les revers subis et sont assez tardifs. Ce qui est sûr, c’est que la structure politique de la confédération étrusque exclue tout processus d’expansion globale, concertée et centralisée ; cette expansion est l’œuvre des cités qui mènent leur politique indépendamment les unes des autres, voire celle de puissantes familles agissant à titre privé. Cette expansion ne répond pas non plus à des visées impérialistes systématiques ; l’objectif est le contrôle de voies de communication et de points d’appui stratégiques afin de faciliter le commerce ; dans le Latium, cette expansion s'est aussi faite par des alliances matrimoniales. A leur apogée à la fin du VIème av. J.C., les Étrusques contrôlent la mer Tyrrhénienne de la Campanie à la plaine du Pô, et le littoral est de la Corse (depuis la bataille navale remportée sur les Phocéens avec les Carthaginois vers -535). Cette expansion a notamment vu le site de Rome occupé au VIIème av. J.C. : la situation de cette ville, sur la route de la Campanie, à un endroit où le Tibre est aisément franchissable, en fait en effet un point d’appui stratégique et commercial de premier ordre.

  • La grande Rome des Tarquin 
   Certains historiens pensent que le nom de Rome pourrait venir de celui d’une gens étrusque, la gens Ruma. Les Étrusques occupent déjà la rive droite du Tibre, face aux Latins. Le pont Sublicius (de subligare, lier) qui traverse le fleuve est fait de planches attachées les unes aux autres, d’où son nom, car les Latins veulent pouvoir le détruire rapidement en cas d’attaque ; la route qui le traverse, la via Salaria, permettait d’acheminer le sel vers l’intérieur de l’Italie. Il s’agit donc d’un point clé pour le développement commercial des Étrusques.
   La prise de pouvoir sur Rome n’est toutefois le fait que d’une sorte d’aventurier originaire de Tarquinia, Tarquin l’Ancien, qui porte aussi le nom de Lucumon selon Tite-Live. Fils d’un riche Corinthien  qui avait été chassé de sa cité, Lucumon épouse une femme de la noblesse de Tarquinia, Tanaquil, et nourrit de grandes ambitions sociales et politiques. Lucumon, méprisé à Tarquinia en tant que fils d’un étranger proscrit (malgré sa richesse et son mariage), décide de s’installer à Rome, ville nouvelle où régne alors Ancus Martius. La légende raconte qu’à son arrivée à Rome, un aigle soulève le chapeau de Lucumon avant de le reposer sur sa tête, ce que Tanaquil interprète comme le signe d’une grande destinée. Le couple fait profiter beaucoup de gens de sa richesse et de son hospitalité ; Lucumon change son nom en Tarquin et deveint le principal conseiller du roi ; à la mort de ce dernier, en -616, Tarquin se fait proclamer roi par le peuple et devient le premier roi d’une lignée étrusque. Le deuxième, Servius Tullius, nous est connu par une source étrusque (ce qui est rare) : une fresque de la tombe François de Vulci montre un combat entre des guerriers identifiés par leur nom ; on y voit un chef militaire du nom de Macstrna libérer son compagnon Caile Vibenna, alors qu’autour d’eux des hommes se battent, et un dénommé Gneve Tarchunies Rumarch, soit Gnaeus Tarquin de Rome, est tué. Les Tables Claudiennes identifient clairement ce Macstrna à Servius Tullius. La chute de Tarquin l’Ancien aurait donc été le résultat d’une expédition militaire menée par une armée vulcienne contre Rome. Mais en -525, Servius est tué par le petit fils de Tarquin l’Ancien, Tarquin le Superbe, qui sera chassé à la suite d’une insurrection des Romains. Le pouvoir est alors confié à un puis deux consuls éponymes (cela signifie qu'ils donnent leur nom à l'année en cours), mais la tradition romaine occulte la complexité de la situation : elle admet l’intervention du roi de Clusium (Chiusi), Porsenna, qui aurait tenté de rétablir les Tarquins. Or il semble que ce soit l’inverse : Porsenna serait certes intervenu, mais pour chasser Tarquin le Superbe et prendre Rome ; il aurait imposé de dures conditions de paix aux Romains vers -505. Les premiers consuls romains portent des noms étrusques, et ils n’auraient en réalité été que des gouverneurs nommés par Porsenna.
   Sous les rois étrusques, entre -616 et -509, Rome connaît un développement urbain exceptionnel. Grands travaux d’urbanisme : assèchement des marécages entre le Capitole et le Palatin, qui deviendra le Forum une fois pavé ; construction d’un réseau d’égouts, de grands monuments (Circus Maximus) et du temple de la Triade Capitoline, plus grand temple étrusque connu, témoignant la volonté des rois étrusques de Rome de déplacer vers leur cité le centre politique et religieux de la ligue latine (constitué jusque-là par le sanctuaire fédéral d’Albe-la-Longue). A ce temple aboutissent les processions triomphales. Les temples dédiés par Servius Tullius à la Fortune et à Mater Matuta dans une zone à vocation commerciale montrent que le roi veut mener une politique favorable aux marchands. Le temple romain traditionnel dérive directement du temple étrusque. Servius Tullius fait de plus construire la muraille servienne, qui fait de Rome la plus grande ville étrusque d’Italie continentale (même si une partie n’était pas habitée) ; la population, majoritairement latine, s’accroît par l’arrivée de nombreux Étrusques.
   Le règne de Servius Tullius semble aussi avoir laissé de profondes traces sur l’organisation administrative, politique et militaire de Rome : la réforme servienne qui organise la population en 5 classes est la plus marquante ; Rome est aussi divisée en 4 régions afin de faciliter les opérations fiscales. Le roi s’inspire pour cela de ce qui existait dans les cités étrusques. Ce sont donc bien les Étrusques qui ont fait d’une modeste bourgade latine une puissante cité, laquelle commence dès cette époque à étendre son territoire au détriment de ses voisins – la civilisation étrusque elle-même n’y résistera pas. Enfin, les symboles des magistrats romains (bande pourpre, siège curule, faisceaux des licteurs) sont directement empruntés aux anciens dirigeants des cités étrusques, ainsi que les cérémonies de triomphe. Les premiers combats de gladiateurs, en -264, sont des jeux funéraires, coutume venue de la Campanie anciennement étrusque ; les courses de char sont aussi d’origine étrusque.

  • Les années de lutte 
   Les détails du conflit entre Rome et les cités étrusques (de la guerre de Véies à la prise de Volsinies) ne sont connus que par l’historiographie romaine, peu objective ; or ces luttes de plus d’un siècle et demi semblent souligner la difficulté de l’entreprise pour les Romains. Cependant, les tentatives étrusques pour échapper à la conquête romaine sont désordonnées, du fait de l’absence de cohésion au sein de la ligue et du manque d’unité sociale : les aristocrates choisissent l’alliance avec Rome pour préserver leur suprématie sociale, plutôt que de céder aux revendications des classes populaires (collaboration par intérêt).
   Le début du Vème av. J.C., après la chute des Tarquins, est marqué par des luttes difficile pour Rome qui perd une partie de sa puissance ; la ligue latine, auparavant dominée par une Rome forte et étrusquisée, reprend son indépendance, mais pour peu de temps. Les Latins sont vaincus à la bataille du lac Régille en -499. Après cette victoire, Rome entreprend une guerre contre Véies pour la possession des salines à l’embouchure du Tibre ; cette guerre se termine par une sorte de match nul et une trêve de 40 ans signée en -474 (c’est lors de cette guerre que les 306 membres de la gens Fabia furent massacrés, en -477).
   La guerre reprend en -438 ; elle est appelée « guerre de Fidènes », du nom de la ville qui se coalise avec Véies et les Falisques contre Rome. Les coalisés sont battus sous les murs de Fidènes en -425, la ville prise et détruite. La phase finale de la guerre entre Rome et Véies débute en -408. Les Romains conduits par Camille assiègent Véies pendant dix ans, et la ville tombe en -396  disparition d’une puissante cité de la confédération. Au même moment, l’invasion celtique en Italie du Nord provoque la disparition de Étrurie padane ; pendant plusieurs années, leurs incursions plus ou moins pacifiques avaient favorisé l’installation de groupes de Celtes dans la vallée du Pô ; en -396, une expédition décisive l’emporte sur les cités étrusques de la région qui devint alors la Gaule Cisalpine ; les Étrusques de la plaine du Pô s’enfuient ; les envahisseurs gaulois pénètrent ensuite jusqu’au cœur de Étrurie, jusqu’à Rome qu’ils prennent et incendient (-390). Mais les Romains achètent le départ des Gaulois et reconstruisent la ville en deux ans (certains pensent que les hordes celtes ont été détournées vers Rome par les Étrusques). La disparition de Véies marque le début de profonds bouleversements en Italie centrale, avec l’affirmation de la puissance d'une Rome impérialiste et colonisatrice. Après cet événement, l’attitude des cités étrusques face à la menace romaine est variable : acharnement contre Rome, neutralité ou alliance.
   En -389, les peuples vaincus par Rome tentent de se révolter, notamment les Volsques et les Eques aidés des Étrusques. Ces derniers reprennent Sutri et Nepi, anciennes places fortes étrusques devenues colonies romaines en -395, qui occupent des positions stratégiques importantes (barrière ou porte ouverte vers Rome). Le dictateur Camille a facilement raison de ces menaces.
   Les hostilités entre Étrusques et Romains reprennent en -358. Tarquinia s’allie avec Falerii, capitale des Falisques, peuple apparenté aux Latins mais fortement étrusquisé. Les deux cités alliées obtiennent de Caere le droit de traverser son territoire pour rejoindre Rome, et des volontaires de Caere les rejoignent. Cette guerre est marquée par une alternance de revers et de succès pour les belligérants. Mais Rome finit par vaincre après 7 ans de lutte ; Tarquinia, ravagée et pillée, obtient une trêve de 40 ans ; Caere, qui avait peu participé aux hostilités, avait demandé la paix dès -353 et obtient une trêve, mais perd son statut privilégié est la première cité étrusque intégrée dans le système romain, sans bénéficier toutefois de droits politiques.
   L'Étrurie est ensuite calme pendant une quarantaine d’années. La phase finale de la guerre entre Rome et les cités étrusques commence en -311 et dure jusqu’à la prise de Volsinies par les Romains en -264. Les Romains battent l’armée étrusque venue assiéger Suri et effectuent un raid de pillage dévastateur au cœur même de Étrurie. Les Romains poussent leur avantage, remportent une victoire au lac Vadimon en -310, s’emparent de Pérouse qui avait rompu la trêve et y installent une garnison. En -308, Tarquinia vaincue demande la paix et cède à Rome une partie de son territoire en signant une trêve de 40 ans. En -306, Rome et Carthage (ancienne alliée des Etrusques), signent un traité partageant leurs zones d’influence en Méditerranée ; Étrurie ne joue plus désormais qu’un rôle secondaire.
   En -302, pur la première fois, Rome intervient directement dans les affaires internes d’une cité étrusque, Arezzo, en rétablissant la puissante famille des Cilnii chassée par les classes populaires ; Arezzo entre bientôt dans l’alliance romaine comme cité fédérée, en faisant une cité sujette dont la politique extérieure est définitivement réglée par Rome.
   Les premières années du IIIème av. J.C. voient les ultimes tentatives étrusques pour sauver leur indépendance. Les cités encore libres s'allient avec d’autres peuples d’Italie comme les Gaulois, les Ombriens et les Samnites, menacés eux aussi ; l’alliance, conclue en -296, représente un réel danger pour Rome. Mais les alliés n’affrontèrent pas les Romains ensemble et furent défaits en -295.

  • Citoyens romains 
   Le dernier sursaut étrusque a lieu en -284, lors d'une alliance avec les Gaulois. Mais dès -283, l’armée coalisée est vaincue lors de la seconde bataille du lac Vadimon. L’expédition de Pyrrhus, venu en -282 au secours de Tarente, ville grecque d’Italie du Sud, suscite un espoir pour Vulci et Volsinies, encore capables de résistance ; mais Pyrrhus ne parvient pas à faire sa jonction avec les Étrusques ; les deux cités doivent accepter une paix aux conditions très dures en -280. Ayant battu Pyrrhus en -275, Rome poursuit son œuvre de soumission et d’intégration de Étrurie dans son empire. Des colonies composées de citoyens romains sont établies dans des lieux stratégiques et jouent un rôle de garnisons.
   Après la défaite de Vulci, une seule cité étrusque est encore libre, Volsinies, dans une position défensive presque inexpugnable. Mais une révolte servile et populaire chasse les patriciens qui appellent Rome au secours pour qu’elle envoie ses légions réduire la ville tenue par les insurgés. Après un siège long et difficile, Volsinies tombe en -264 ; les Romains la détruisent, construisent une ville nouvelle où ils déportent le reste de la population et rendent le pouvoir aux patriciens. Le sanctuaire fédéral de Voltumna est pillé par les vainqueurs et ses nombreuses œuvres d’art emportées à Rome. Cet épisode, comme celui d’Arezzo, témoignent de l’âpreté des luttes sociales dans les cités étrusques aux IVème et IIIème av. J.C. ; ces cités contribuent à leur propre affaiblissement en incitant les aristocrates à pactiser avec Rome pour conserver leur pouvoir face aux classes populaires ; Rome devient pour les aristocrates étrusques le garant de la stabilité sociale au sein de leurs cités.
   Étrurie n’est désormais plus qu’une simple région soumise à Rome, dont les villes toujours dirigées par les aristocrates ne conservent plus qu’un semblant d’autonomie. Rome construit en Étrurie plusieurs routes destinées à unifier le territoire et à servir d’axes de pénétration vers de futures conquêtes.
   En -225, une nouvelle expédition des Gaulois de Cisalpine marche vers Rome, pillant au passage Étrurie ; leur armée est anéantie et Rome fait la conquête de toute la Gaule Cisalpine.
   En -218, la deuxième guerre punique, dite « guerre d’Hannibal », éclate. Les victoires d’Hannibal provoquent des troubles dans plusieurs régions, notamment en Étrurie, où Hannibal trouve des appuis, en particulier à Arezzo ; il y engage des mercenaires, mais dans l’ensemble, les principes étrusques restent fidèles à Rome ; en -205, plusieurs cités fournissent bon gré mal gré du matériel et des vivres pour préparer l’expédition de Scipion l’Africain qui achève la guerre en -202 à Zama.
   Le IIème av. J.C. est  une période plutôt calme pour Étrurie. Rome est engagée dans une politique d’expansion hors d’Italie et rien ne remet en cause l’intégration des cités étrusques au monde romain ; certaines connaissent d’ailleurs une véritable prospérité.
   Les Etrusques ne sont pas encore citoyens romains lorsque débute en -91 la « guerre des alliés » : plusieurs peuples italiens alliés de Rome se soulèvent pour obtenir du Sénat la citoyenneté de Rome, ce qui est accepté en -88 ; Étrurie obtient aussi ce droit, même si elle n’a guère bougé. Ce droit est fondamental dans le processus d’assimilation des Étrusques.
   En -87, au début des guerres civiles, Étrurie prend majoritairement le parti de Marius contre Sylla. A sa victoire en -82, Sylla, en guise de représailles, fait mettre la région à feu et à sang en proscrivant, massacrant et confisquant les biens des proscrits. Il installe les vétérans de son armée sur le territoire des villes punies. Certaines familles étrusques rejoignent alors en Espagne le général Sertorius, lieutenant de Marius ; il convient d’ailleurs de noter qu’il existait depuis le IIIème av. J.C. une diaspora étrusque dans le bassin méditerranéen, notamment en Tunisie et en Egypte.
   En -44, la mort de Jules César, qui avait été plutôt bienveillant à l’égard des Toscans, déclenche une nouvelle guerre civile, avec une guerre de succession entre Octave et Marc Antoine. Lucius Antonius (frère de Marc Antoine) s’enferme à Pérouse où il a de nombreux partisans ; Octave prend la ville en -40 après un siège difficile ; il fait exécuter 300 de ses plus riches habitants ; la ville est ravagée par un incendie ; des vétérans sont installés sur son territoire. Octave devenu Auguste fera reconstruire la ville, écoutant sans doute les conseils de son conseiller Mécène, descendant de la puissante famille des Cilnii d’Arezzo. A l’instar de Mécène, beaucoup de principes étrusques occupent des postes importants dans les institutions politiques romaines. Étrurie devient en -27 la septième région de l’Empire, et on tente de ressusciter l’ancienne ligue des 12 peuples (qui furent portés à 15) ; mais malgré cette résurrection artificielle, le règne d’Auguste marque la fin de l’histoire étrusque. Les aristocrates sont alors totalement romanisés. Les haruspices font d’ailleurs s’achever le dixième et dernier saeculum de la nation étrusque en 54, à la mort de Claude, qui avait tenté de promouvoir une sorte de renaissance étrusque au sein de l’Empire ; grâce à lui, certaines manifestations de la culture étrusque, comme l’haruspicine ou les jeux organisés par la ligue reconstituée dans l’antique sanctuaire de Voltumna, survivront jusqu’à la fin de l’Antiquité romaine.


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