29 août 2014

Le comment du pourquoi

   Voilà quelques temps déjà que je voulais débuter un blog d'histoire. C'est cet article du Monde Diplomatique qui m'a donné envie de franchir le pas. L'auteur dresse un constat assez simple : l'histoire est un enjeu important, elle est récupérée par des idéologues de tous bords à des fins parfois douteuses. Les publications actuelles sont celles de personnalités qui ne sont pas historiennes et qui adoptent des points de vue très orientés. Qu'on se souvienne des récentes polémiques à propos de Lorànt Deutsch, accusé de présenter une histoire partielle et partiale. Même chose avec les publications et les émissions de Stéphane Bern, centrées sur les grands personnages de l'histoire et manquant cruellement de mise en perspective historique. Il s'agit, chez ces deux personnes mais également chez d'autres, d'écrire une histoire nationale, qui fait la part belle aux grands hommes, soi-disant pères de la nation. Une histoire plutôt subjective, donc. Les manuels scolaires ne sont pas en reste : ils présentent, toujours selon l'article du Monde Diplomatique, une histoire froide ; ils n'évitent pas les clichés historiques et font une histoire des vainqueurs, en omettant parfois la complexité des événements. Pour pallier ces deux tendances, le Monde est sur le point de publier un manuel d'histoire critique, qui comprendrait l'intégralité du programme d'histoire de première et de terminale (de la révolution industrielle à nos jours) en restituant les événements avec le moins de parti pris possible.
   Cependant, ce manuel reste centré sur la période contemporaine. Or les autres périodes de l'histoire sont tout autant instrumentalisées et, pour beaucoup, il demeure assez difficile de démêler le vrai du faux. Le Moyen Âge est ainsi souvent perçu comme une époque uniforme marquée par l'ignorance, l'obscurantisme et la crasse : pour qui ne s'y intéresse pas, l'époque médiévale, c'est "Les Visiteurs". Il n'est pas rare, par ailleurs, que des positions réactionnaires sur le plan social (je pense aux idées des opposants au mariage pour tous, à l'IVG...) soient qualifiées de "médiévales", voire de "moyen-âgeuses". Cela témoigne souvent d'une méconnaissance du Moyen Âge : durant la première partie du Moyen Âge en effet, jusqu'à l'an mil, l'homosexualité n'était pas vraiment condamnée, sauf chez les Wisigoths. C'est l'emprise grandissante de l'Eglise qui a mené à la condamnation. C'est dire si on connaît mal le Moyen Âge.
   D'autre part, le fait que le Moyen Âge ne soit guère étudié à l'école permet des simplifications aberrantes, qui mènent parfois à des récupérations douteuses : Jeanne d'Arc célébrée par le Front National en tant que protectrice de la "Patrie" en est l'exemple le plus frappant. Mais on pourrait aussi citer Charles Martel : l'opinion commune, reprise dans son dernier livre par Lorànt Deutsch, est que ce grand homme aurait sauvé la France de l'invasion en arrêtant les Arabes à Poitiers en 732. On mesure facilement la portée symbolique d'une telle affirmation, et on sait à quelles fins elle pourrait servir. Mais la réalité est tout autre : la France, en 732, n'existe pas en tant que telle ; il n'existe que des royaumes francs aux frontières changeantes, dans lesquels le pouvoir est encore assez mal assis. De plus, Charles Martel n'arrête pas une invasion, mais de simples razzias. Ces raids ne menaçaient nullement les royaumes francs, et les pillards n'étaient pas suivis par femmes et enfants et les Arabes n'avaient pas les possibilités matérielles de franchir les Pyrénées en grand nombre. Notons aussi que les Francs ne se privaient pas de faire la même chose au sud des Pyrénées. Enfin, Charles Martel a surtout besoin d'un prétexte pour aller mater le pouvoir aquitain, de plus en plus indépendant. C'est sa propagande, et celle de ses descendants, qui font de Charles Martel le défenseur de l'Europe contre les méchants envahisseurs, ce qui permet de donner à la dynastie carolingienne une certaine légitimité. Ainsi, quand on connaît la véritable histoire de Charles Martel, il devient difficile de le récupérer à des fins de dénonciation de l'immigration, et on casse la dynamique d'une histoire nationale qui n'existe pas ailleurs que dans nos imaginations, n'en déplaise aux chantres de l'Histoire éternelle de la France.

   Mon but, donc, dans ce blog, est de contribuer à faire connaître des épisodes historiques dans leur complexité et d'éviter les clichés. Je ne prétends nullement que ma vision de l'histoire est la vraie la seule l'unique. Simplement, j'aime l'histoire et j'aimerais la faire découvrir à ceux qui en auraient marre de l'histoire nationaliste et simplifiée que l'on nous sert à toutes les sauces. Je délaisserai volontairement la période contemporaine (du XIXème siècle à nos jours) : c'est la période la mieux connue du grand public, et celle qui m'intéresse le moins. Je me concentrerai probablement surtout sur le Moyen Âge, pour la simple raison que c'est l'époque que j'ai le plus étudié. Mais il y aura aussi quelques focus sur l'histoire antique ou moderne (du XVIème au XVIIIème siècle inclus), qui sont également des périodes fascinantes, auxquelles nous n'avons accès que par bribes. En revanche, je n'ai pas les connaissances suffisantes pour faire une histoire autre qu'européenne, à part peut-être pour l'Egypte antique : il demeure hélas très difficile d'avoir accès à une histoire des autres parties du monde en France, preuve que l'histoire européanocentrée et nationaliste a encore de belles heures devant elle.

2 commentaires:

  1. creuser l'Histoire ,c'est se rendre compte que ces grands noms sont d'abords des "gens", avec des motivations bonnes (mais qui peuvent servir l'horreur) ou égoïstes (mais qui arrivent à de bonnes réalisations)..et que chacun pris dans ses propres espoirs et phobies imposent des idées ,que par manquent d'énergie ,de courage, ou indifférences ,la majorité laissent passer.... bref, quand on fouille on se retrouve devant ses propres contradictions..et c'est très humain , pour le meilleurs ou le pire. Par ailleurs on se rend vite compte,que par intérêts mercantiles ,et ,ou égocentriques, certains faits, et découvertes archéologiques, sont sciemment occultés ou pervertis..tout cela n'aide pas à la recherche de la vérité...bon courage, bravo

    RépondreSupprimer
  2. très intéressante motivation! j'approuve (je n'applaudis pas des deux mains, car je tape sur mon clavier, mais le coeur y est) j'avais lu il y a quelque temps, "L'antiquité, territoire des écarts" de Florence Dupont, qui stigmatise la reprise de l'histoire de l'antiquité considérée comme territoire des essences, et proposant une déconstruction de ce point de vue, ce que j'avais trouvé passionnant et salutaire.

    RépondreSupprimer